Vers un nouveau samedi de chaos en France? Habitants et commerçants se préparent à se défendre face aux émeutiers

Rédigé le Jeudi 22 Octobre 2026 à 17:00 | Lu 7 fois | 0 commentaire(s)


Vers un nouveau samedi noir en France? La coordination de Gilets jaunes, à l’origine des manifestations du 17 octobre dernier contre le coût de la vie, a annoncé un acte II prévu ce samedi. Un appel suivi par des organisations étudiantes. Le week-end dernier, des casseurs et pilleurs ont profité du mouvement pour semer le chaos dans plusieurs villes de l’Hexagone. Les autorités se préparent à de nouvelles violences. Les habitants et commerçants aussi. Certains ne comptent plus sur la police et s’équipent pour affronter les émeutiers si nécessaire. Les ventes d’armes d’auto-défense explosent.

Restaurateur parisien touché par les violences, Mathieu s’est déjà équipé d’un nouveau volet roulant en fer. La vitrine, elle, sera remplacée plus tard. Dans un premier temps, il a privilégié la sécurité, confie-t-il à nos confrères du Figaro. Quant à savoir s’il ouvrira ce samedi, tout dépendra du parcours de la manifestation (NDLR: à Paris, un cortège a finalement été autorisé entre Bastille et Nation).

Le gouvernement français est sous pression pour rétablir la sécurité dans les centres-villes. Ce samedi 24 octobre, les Gilets jaunes prévoient de manifester à nouveau aux côtés de lycéens, d’étudiants et de syndicalistes. Plus de 300 actions ont été annoncées.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a reconnu que les troubles du week-end dernier avaient été sous-estimés. Au total, 550.000 personnes sont descendues dans la rue, bien loin des 150.000 à 200.000 attendues. Seuls 10.000 policiers étaient mobilisés, dont la moitié à Paris, soit à peine un neuvième des effectifs déployés au plus fort de la crise des Gilets jaunes en 2018. Les forces de l’ordre ont également été prises de court par la nouvelle stratégie des casseurs, parmi lesquels des “antifas” et des “black blocs”.
 

Habituellement, ils se fondent dans les manifestations autorisées pour ne passer à l’action qu’à la toute fin, lors de la dispersion du cortège. Cette fois, ils se sont déplacés dès le matin en véritables commandos à travers les centres-villes, détruisant les vitrines avant de disparaître pour réapparaître ailleurs. Dans un second temps, des pilleurs sont venus vider les magasins, selon la préfecture de police de Paris.

En sous-effectif, les forces de l’ordre ont dû simultanément garder des bâtiments, encadrer les défilés, intervenir là où la situation “brûlait”, et évacuer les personnes interpellées. Les agents ont été constamment dépassés par les événements, parfois même à court de “munitions”. Faute de grenades lacrymogènes, ils en étaient réduits à renvoyer les pavés que les casseurs leur lançaient. Près de mille policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers ont été blessés, certains très grièvement.

 

Pour l’acte II, annoncé ce samedi, le Premier ministre français Sébastien Lecornu promet un déploiement massif des forces de l’ordre. La direction de la police nationale prévoit ainsi un taux de présence des effectifs de 75%. Les compagnies de CRS qui devaient être au repos ce week-end selon le planning, seront finalement mises en service.

De leur côté, les militaires de l’opération antiterroriste Sentinelle reprendront une partie des missions de surveillance. Ils seront chargés de sécuriser les bâtiments et sites sensibles où sont habituellement postés des policiers ou des gendarmes. Ces derniers pourront ainsi être redéployés sur les manifestations, les potentiels pillages et violences. L’objectif est d’assurer une réactivité accrue de la police. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, veut éviter que de petits groupes très mobiles de manifestants ne parviennent à éparpiller à nouveau les unités sur différents points pour ensuite frapper ailleurs.

Par ailleurs, l’ensemble des services d’intervention spécialisés sont mobilisés: la BRAV-M (la brigade parisienne motorisée spécialisée dans la gestion des actions violentes), le GIGN (l’unité d’élite de la gendarmerie pour les situations de crise majeure), le RAID (l’unité d’intervention spéciale de la police nationale) ainsi que la BRI, la brigade “antigang” (Brigade de recherche et d’intervention) spécialisée dans le grand banditisme.


Les commerçants s’apprêtent à se défendre

Tout cela suffira-t-il? Certains commerçants, entrepreneurs et riverains ont décidé de ne pas attendre de connaître la réponse. La fédération de l’hôtellerie-restauration Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) constate que certains de ses membres s’organisent en masse pour assurer leur propre protection.

Cela va de la pose de panneaux en bois et de caméras supplémentaires à l’embauche de vigiles, en passant par le rassemblement d’amis équipés de battes de baseball, de gaz lacrymogène et d’autres armes d’auto-défense. Plusieurs associations de commerçants mettent pourtant en garde les commerçants contre la tentation de se faire justice eux-mêmes.

Des vendeurs d’armes d’auto-défense voient leurs ventes exploser, rapporte BFMTV. “On a tous les profils, mais principalement des commerçants, des restaurateurs, des gens qui ont été exposés samedi aux pillages”, commente Yves Gollety, président de la Chambre syndicale nationale des armuriers.

Certains s’approvisionnent en ligne. Outre les sprays au poivre, des tasers, des matraques et des armes d’auto-défense non létales sont également très prisés, précisent nos confrères.

Armurier à Lyon, Jean-Marie Serre, interrogé par RTL France, rappelle que l’utilisation d’un tel matériel sur la voie publique est interdite par la loi. La loi française “admet qu’une personne puisse user de la violence pour se défendre, mais seulement dans des circonstances très précises”, rappellent nos confrères. “Il faut que la violence soit nécessaire, proportionnelle et immédiate”, explique l’avocat pénaliste Dylan Slama.

Concernant les pillages, une distinction est requise entre l’atteinte aux biens et l’atteinte aux personnes. Si seul le magasin est visé, la légitime défense ne peut être retenue.