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Dangote, le nouveau Rockefeller africain ?

Rédigé le Lundi 26 Octobre 2026 à 16:44 | Lu 9 fois | 0 commentaire(s)


Raffineries géantes, oléoducs, terminaux pétroliers, flottes de camions : Aliko Dangote construit progressivement une chaîne énergétique à l'échelle du continent. Une stratégie qui rappelle celle de John D. Rockefeller, entre ambition industrielle, maîtrise des coûts et risques de concentration économique.
En 1870, lorsque John D. Rockefeller fonde Standard Oil aux États-Unis, son ambition allait déjà au-delà du simple raffinage du pétrole. Il comprenait qu'une raffinerie, aussi performante soit-elle, reste dépendante de ceux qui lui fournissent le brut et de ceux qui transportent ses produits. Pour peser sur le marché, il faut maîtriser les coûts, les approvisionnements, les infrastructures et les débouchés. Un siècle et demi plus tard, Aliko Dangote semble suivre une trajectoire comparable.
Le milliardaire nigérian, déjà à la tête de la plus grande raffinerie d'Afrique, étend désormais ses investissements aux infrastructures de transport et de distribution pétrolière. Dernière opération en date : l'acquisition de 24,76 % de Kenya Pipeline Company, pour environ 327 millions de dollars. L'entreprise exploite quelque 1 300 kilomètres d'oléoducs reliant le port de Mombasa à l'intérieur du Kenya et à plusieurs marchés d'Afrique de l'Est.
Cette participation s'accompagne d'un projet d'investissement de 1,5 milliard de dollars dans l'extension du réseau. Elle intervient surtout trois semaines après le lancement, à Lamu, des travaux d'une deuxième raffinerie géante, estimée à 16 milliards de dollars.
Pour Dangote, les deux opérations participent d'une même logique : produire le carburant, disposer de capacités pour l'acheminer et accéder aux marchés qui le consomment.
Du pétrole brut jusqu'au consommateur
Au Nigeria, le groupe dispose déjà d'une raffinerie d'une capacité annoncée de 700 000 barils par jour, construite pour plus de 20 milliards de dollars. Entrée en production en 2024, elle a profondément modifié le marché pétrolier nigérian, longtemps dépendant des importations de carburants malgré son statut de grand producteur de brut.
Mais Dangote ne veut plus seulement raffiner le pétrole des autres. À travers West African Exploration and Production, une société dans laquelle il détient une participation majoritaire, le groupe a commencé à produire du brut dans le delta du Niger. Ses actifs comprennent des intérêts dans les licences OML 71 et OML 72. Les premiers volumes restent modestes au regard des besoins de la raffinerie, mais l'orientation est claire : remonter progressivement jusqu'à la production de matière première.
À l'autre extrémité de la chaîne, Dangote développe ses propres moyens logistiques. Au Nigeria, il a acquis 4 000 camions fonctionnant au gaz naturel comprimé pour distribuer directement ses produits, même si leur déploiement a rencontré des résistances chez les transporteurs.
L'entreprise dispose également d'infrastructures maritimes à Lekki et prépare de nouvelles capacités portuaires pour faciliter ses exportations.
Quant aux stations-service, elles constituent pour l'instant un maillon essentiellement indirect. Dangote fournit plusieurs réseaux de distribution, notamment MRS Oil, associé à Sayyu Dantata, un membre de sa famille. En septembre 2025, il avait même affirmé ne pas vouloir acquérir de stations-service.
Il n'en demeure pas moins que son influence s'étend désormais de la production du brut jusqu'aux réseaux chargés de vendre les carburants aux automobilistes.
Une toile pétrolière à travers l'Afrique
Et ce n’est pas qu’au Nigeria. En Afrique de l'Est, Dangote développe une deuxième raffinerie à Lamu, d'une capacité prévue de 700 000 barils par jour. Le groupe participe également à un projet de pipeline multiproduit de 120 kilomètres entre Djibouti et l'Éthiopie, associé à des installations de stockage.
En Afrique australe, la Namibie pourrait devenir une autre plateforme régionale. Dangote prévoit d'y développer un terminal pétrolier à Walvis Bay, avec l'ambition de desservir ensuite le Botswana, le Zimbabwe, la Zambie et potentiellement l'Afrique du Sud et la République démocratique du Congo. Et au Cameroun, un autre projet de stockage est à l'étude.
L'ensemble dessine progressivement une carte pétrolière africaine organisée autour de quelques grands centres de production, reliés à des terminaux portuaires, des dépôts et des corridors de distribution.
Cette architecture rappelle, par certains aspects, celle qui fit la puissance de Standard Oil. Rockefeller avait compris que la maîtrise des infrastructures pouvait être aussi décisive que celle des raffineries. En négociant des conditions avantageuses avec les compagnies ferroviaires, puis en développant ses propres oléoducs, il avait considérablement réduit ses coûts de transport.
Dangote poursuit aujourd'hui un objectif similaire dans une Afrique où le coût de la logistique demeure un obstacle majeur à la circulation des produits pétroliers.
Et s’il ne restait que la conquête du ferroviaire, le rail lui-même commence à apparaître dans cette équation. À Djibouti, son futur terminal de stockage doit être connecté à un corridor ferroviaire, en complément des installations portuaires et des pipelines.
Dangote présente cette expansion comme une réponse à la dépendance africaine envers les importations de produits raffinés. Il envisage quelque 50 milliards de dollars d'investissements supplémentaires à l'horizon 2030.

ecofine





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